La navigation responsable

Naviguer écolo c’est avant tout naviguer de façon responsable!

S’il n’en tenait qu’à moi, je convertirais toutes les embarcations en bateaux à voiles. Mais, comme il n’est pas possible de changer le monde d’un coup de baguette, allons-y plutôt étape par étape. Naviguer écolo signifie en premier lieu, naviguer de façon responsable.

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La première étape consiste donc à prendre conscience de tout ce qu’implique la navigation. C’est une multitude de connaissances qui vous sont nécessaires afin de mener à bien votre embarcation d’un endroit à un autre de façon autonome et sécuritaire. Et pour cela, il faut avant tout connaitre en profondeur deux choses : votre embarcation et le plan d’eau à naviguer.

Pourquoi est-il nécessaire de bien connaître son embarcation?

C’est facile de s’acheter une embarcation, mais c’est autre chose d’en connaître tous les recoins qui s’y cachent. Avant de partir pour une expédition de façon autonome, avez-vous pris le temps de tester tous ses éléments afin de vous assurer que tout fonctionne bien? Je vous suggère fortement de faire tranquillement le tour de votre embarcation avant tout départ afin de connaitre le mieux possible toutes les pièces et leur usure possible. Êtes-vous en mesure de réparer les composantes qui pourraient briser en chemin? Il est de notre devoir d’avoir un minimum d’outils et de pièces afin de se dépanner nous-mêmes en cas de besoin.

Le plan d’eau

Il faut garder à l’esprit que nous n’avons pas été conçus pour vivre sur l’eau. C’est un milieu que nous devons apprivoiser tranquillement. Je vous conseille donc de commencer à naviguer sur un petit lac tranquille, en ayant à l’esprit de développer une navigation autonome et responsable. Connaître son plan d’eau est primordial avant de se lancer à sa découverte. Une multitude d’outils sont à notre disposition. Il faut apprendre à les utiliser.

Encore une fois, il est préférable de débuter tranquillement. Commencer par étudier minutieusement la carte marine papier que vous devez trainer avec vous lors de votre navigation afin de repérer les obstacles et les aides à la navigation présentes. Vous ne pouvez pas vous fier exclusivement à une carte électronique. Il faut aussi savoir naviguer dans le cas où vos instruments de navigation vous feraient défaut.

Un voilier sur un lac d'automne

Le couple idéal : Embarcation – Plan d’eau

Les facteurs à prendre en compte avant de se lancer sur un plan d’eau resteront toujours la météo, les capacités de votre embarcation et votre expérience. Le but n’est pas de prouver aux autres que vous êtes capable de vous faire peur. Afin d’apprécier la navigation, prenez plutôt le temps d’apprendre à bien faire les choses dans les règles de l’art. Par exemple, les embarcations ne sont pas toutes faites pour les mêmes plans d’eau. Chaque embarcation est adaptée pour un plan d’eau différent. Il est important de respecter les limites de ce que chacune d’elle nous permet de faire. D’autant plus que ces dernières sont différentes pour chaque utilisateur. Soyez vigilant! Ce n’est pas parce qu’on vous dit quelque chose que vous pouvez vous y fier. Développez un jugement critique, prenez l’information de plusieurs personnes différentes et faites-vous votre propre idée. Même si vous êtes entièrement confiant, gardez-vous toujours une petite gêne (et/ou beaucoup d’humilité) et allez-y progressivement dans la découverte des capacités de votre embarcation. Et vous devriez faire la même chose avec la météo. Comme je le raconte souvent, avant de m’aventurer en mer, j’ai commencé par naviguer quelques fois sur un petit lac, presque sans vent. Puis, j’ai progressé lentement sur le fleuve en face de Québec. J’ai descendu le fleuve avec une plus grosse embarcation, pour finalement réaliser que j’avais besoin d’un plus gros voilier pour traverser l’océan. Il m’aura fallu environ une dizaine d’années, avec une moyenne de cinquante sorties par an, avant d’être prêt pour mon premier transatlantique.

Faire face aux difficultés

Apprendre progressivement vous permet de prendre confiance et d’être plus à l’aise avec les éléments qui vous entourent et votre embarcation. J’insiste sur ce point, car en navigation, tout peut arriver. Et lorsque l’on n’est pas paré à toute éventualité, il est parfois possible que quelqu’un ait à venir vous dépanner. Ce qui n’est certainement pas la meilleure méthode pour une navigation autonome et écologique puisque c’est alors deux fois plus de carburant qui est utilisé! Sans compter que vous risquez de vivre la peur de votre vie.

Après toutes mes années d’expérimentation, l’été 2012, je suis parti pour un tour du monde en voilier en solitaire. J’avais dans mes poches le tour de l’atlantique nord et un convoyage du Québec au Sénégal. Je commençais à savoir ce dont j’avais besoin pour réaliser une navigation hauturière de façon autonome.

Malgré tout, il arrive toujours toutes sortes de péripéties. L’une de celles que j’ai vécues est que mon mât a cassé près des côtes brésiliennes. Une fois les réparations effectuées, je suis reparti en mer. Plusieurs fois par jour, j’avais à l’œil la pièce qui avait fait défaut. Environ cinq jours après mon départ, elle se dévissait tranquillement et commençait à faire un sourire, ce qui ne me faisait pas rire du tout. Je n’ai pas eu le choix d’affaler les voiles afin de soulager le gréement. La décision était alors dure à prendre : soit rentrer au Brésil ou alors remplacer la pièce en pleine mer. En trouvant exactement ce dont j’avais besoin dans mon inventaire, la réponse s’est imposée d’elle-même. La nuit était tombée lorsque j’enfilais mon harnais de sécurité, m’harnachant au mât le temps d’effectuer l’opération. Il m’aura fallu trois heures attaché et tenu par les jambes à la moitié du mât. J’avais tous les outils nécessaires : marteau, tournevis, pinces, etc. dans ma poche de travail. Une fois redescendu, j’étais bon pour envoyer les voiles de nouveau. En route vers l’Australie!

Petits gestes écolo

Pour naviguer de façon écologique, il n’y a évidemment pas que l’autonomie à prendre en compte. Il faut :

  • Récupérer les fuites possibles telles que le diesel que l’on pourrait trouver au fond de la cale,
  • Utiliser des produits biodégradables pour laver la coque,
  • Récupérer nos eaux usées et les rejeter dans un endroit approprié,
  • Ne rien jeter à l’eau et trier ses déchets.

Et si vous n’avez pas envie de voiles et que vous souhaitez ne plus émettre de CO2, il y a de plus en plus de possibilités, comme celle d’opter pour un moteur électrique. Il y a entre autres une compagnie allemande, Torqueedo qui produit des moteurs électriques jusqu’à 80 hp.

Par cet article, je ne crois pas refaire la navigation. Ce résumé n’est qu’un aperçu de ce que je considère comme étant l’essentiel de la navigation. J’ai beaucoup appris de quelques vieux loups de mer rencontrés au hasard des vents et dans les livres. Je vous suggère d’ailleurs de vous procurer une copie d’une publication de Transports Canada : le Guide de sécurité nautique. On y retrouve un bon résumé des conseils et des règles à suivre pour les plaisanciers. Et pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances et espérer un jour naviguer à voile au-delà des mers, je conseille fortement un livre que je consulte encore souvent et que je considère comme la bible du marin : le cours des Glénans. Il y a, bien sûr, toujours d’autres bonnes écoles de navigation qui pourraient bien vous aiguiller également.

En résumé, il vaut mieux prendre notre temps et bien faire les choses que d’aller trop vite et risquer de se faire peur ou pire encore. La navigation est une belle façon de vivre et de s’amuser. Faisons-le intelligemment!

 


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  Par Sylvain Fortier

   Le marin qui plantait des arbres autour du monde

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